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Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /Nov /2007 13:06
20061027.OBS0010.jpg Denis Olivennes, patron de la Fnac

Cette fois, les dés sont jetés. L’internet français va être « fliqué » et les internautes seront placés sous surveillance, ceci afin de prévenir le téléchargement illégal. Les utilisateurs malveillants recevront un avertissement et leur accès internet pourra se voir fermé, ceci avec la bénédiction de tous les fournisseurs d’accès.

Pour ceux qui ne sont pas au courant de ce qui vient de se jouer au parlement ces derniers jours, M. Sarkozy a confié une mission au patron de la Fnac, Denis Olivennes, afin de définir un moyen d’endiguer le piratage des œuvres culturelles. Pour le Président de la République, « Internet, c'est une nouvelle frontière, mais ça ne doit pas être le Far West high-tech, une zone de non-droit où l'on peut piller en toute impunité. Le vol à l'étalage numérique n'est pas admissible. » Malheureusement, ce constat d’un autre âge révèle une méconnaissance problématique du monde des nouvelles technologies.
Premièrement, il faudra bien un jour se pencher une bonne fois pour toutes sur le statut des œuvres immatérielles. Est-on coupable du même délit lorsqu’on dévalise un supermarché et lorsqu’on télécharge des mp3 ? Pour Sarkozy, cela ne semble pas faire l’ombre d’un doute. Mais  sa décision est arbitraire (les usagers n’ont pas été consultés) et surtout, elle va à contre-courant d’un mouvement planétaire qui tend à redéfinir les notions de partage et à libéraliser de plus en plus l’usage d’internet.
Deuxièmement, selon un sondage fourni par Stratégir, 64% des français seraient prêt à acheter plus de musique légalement si une part plus importante de leur argent allait effectivement dans la poche des artistes. Or, tout le monde sait pertinemment que ces derniers ne touchent quasiment rien et que la majeure partie des revenus est absorbée par les majors du disque, qui ne ratent jamais une occasion d’être alarmistes ou de reprocher aux internautes leur incapacité pathologique à prendre en marche le train du progrès.

Concrètement, comment tout cela va-t-il se traduire ? Deux décisions plutôt bonnes ont été prises, qu’il faut signaler : d’abord, la durée d’attente entre la sortie d’un film au cinéma et sa mise à disposition à la vente passera de 7 mois à 4 mois. Ensuite, les industriels de la musique ont accepté de mettre un terme aux DRM, ces verrous numériques qui polluent la vie des internautes ayant acheté des œuvres par voie légale (impossibilité d’écouter les morceaux sur tous les baladeurs, copie limitée, écoute sur un nombre d’ordinateurs restreint, etc.).

Mais ces bons côtés ne doivent pas masquer le plus important, et sans doute le plus grave : à l’image de ce qui se passe en Chine et dans de nombreux pays soumis à une dictature, le net français sera surveillé par une administration parallèle et omnipotente. Celle-ci pourra sanctionner de façon totalement arbitraire les agissements de ses utilisateurs, qui n’auront même pas la possibilité d’avoir recours à la justice la plus élémentaire. Sarkozy préfère donc troquer le « Far west high-tech » pour un futur totalitaire à la George Orwell. Vous voilà prévenus…



Par Anthony Prezman - Publié dans : Nouvelles technologies
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